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MONTAGNE Quelles amputations pour l’himalayiste Élisabeth Revol ?

Le docteur d’Emmanuel Cauchy.  Photo d’archives Le DL/Greg YETCHMENIZA Élisabeth Revol.  DR
Le docteur d’Emmanuel Cauchy. Photo d’archives Le DL/Greg YETCHMENIZA Élisabeth Revol.  DR
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Rescapée du Nanga Parbat, l’alpiniste est hospitalisée depuis dimanche à l’hôpital d’Islamabad au Pakistan. Le maximum a été fait pour tenter de soigner ses gelures et limiter, voire éviter des amputations. Selon le docteur Emmanuel Cauchy, elle doit être rapatriée ce mardi pour être soignée.

Son pied gauche et, dans une moindre mesure ses mains, portent les stigmates de son calvaire.

À défaut de soigner ses bleus à l’âme, que le contrecoup de la tragédie ravivera inéluctablement dans les jours qui viennent, les médecins ont tenté de traiter au plus vite les gelures dont a été victime Élisabeth Revol.

Après cinq jours à très haute altitude, par des températures ressenties de -40°, et ce sauvetage épique dimanche, l’himalayiste est suivie par les meilleurs spécialistes. « Il était déjà presque trop tard pour le traitement » confie Emmanuel Cauchy.

« Le pronostic n’est pas très bon »

Surnommé le docteur Vertical, c’est lui qui a traité à distance, par télémédecine, les protocoles pour juguler les morsures du froid que l’alpiniste a subies durant ce séjour entre 8 et 6000 mètres.

Spécialiste des gelures, basé à Chamonix, le fondateur de l’Ifremmont (Institut de formation et de recherche en médecine de montagne), centre de référence de médecine de montagne, a guidé l’action de ses confrères à l’hôpital d’Islamabad (Pakistan), sur la base de photos qu’on lui a transmises. Voilà deux ans que cette plateforme, appelée SOS Mam est autonome, avec 5 000 abonnés pouvant consulter à distance.

Cauchy a prescrit à la rescapée des injections d’une molécule vasodilatatrice, en l’occurrence la Prostavasine, « la seule dont ils disposaient ».

Élisabeth Revol a subi une première injection dimanche soir, via perfusion se diffusant durant cinq heures. Et devait en recevoir une deuxième hier.

Objectif : limiter les amputations. « Désormais, il n’y a plus rien à faire d’autre que du travail de pansement. Mercredi sera la journée du verdict ». D’ici là, Élisabeth aura été rapatriée en France, via Genève pour être hospitalisée à l’hôpital de Sallanches (Haute-Savoie).

On a limité les dégâts mais le pronostic n’est pas très bon. Tous les orteils du pied gauche sont atteints. C’est un peu moins grave au niveau des mains. Au mieux on récupère tout. Au pire on enlèvera le bout des doigts. 

« Je ne l’ai pas sentie effondrée »

Lui-même alpiniste de haut niveau, ayant participé à plusieurs expéditions, Emmanuel Cauchy a pu échanger avec Élisabeth Revol.

Elle était encore sous le coup de l’excitation du retour, je ne l’ai pas sentie effondrée. Élisabeth m’a expliqué qu’avec Tomek, après avoir fait le sommet, ce dernier n’arrivait plus à avancer dans la descente. Ils ont songé à atteindre la tente qu’ils avaient laissée lors du dernier camp, mais il n’a pas pu remonter. Ils sont donc descendus jusqu’à cette crevasse pour s’abriter où elle dût le laisser. Il ne voyait déjà plus rien.

Thomas Mackiewicz est mort de froid et d’épuisement à 7 280 m d’altitude. Cette aventure restera dans les annales de l’histoire de l’alpinisme, peuplée de drames, confirmant que le Nanga Parbat (8 126 m) usurpe rarement son surnom de montagne tueuse.

Jean-Christophe, le mari d’Élisabeth Revol, antiquaire à Saoû, étranger au monde de la haute altitude, songeait à préparer une conférence de presse pour évacuer la pression médiatique de plus en plus difficile à supporter en vue du retour.